URML-Alsace

Santé mentale

UN ETAT DES LIEUX DE LA SANTE MENTALE EN ALSACE

De plus en plus fréquemment sollicitée (27% de la population sera touchée au moins une fois dans sa vie par des troubles psychiques relevant de soins), la psychiatrie voit ses champs de compétence régulièrement élargis. Troubles envahissants du développement chez l'enfant, souffrance psychique au travail, conséquences psychiques des addictions, troubles du comportement alimentaire, et bien d'autres domaines ont enrichi, dans les dernières décennies, la nosologie psychiatrique.

La psychiatrie libérale participe activement à la prise en charge de ces pathologies de plus en plus fréquentes.
La psychiatrie libérale est une médecine de proximité (même si l'essentiel des praticiens sont installés dans les grandes villes), travaillant en collaboration étroite avec les médecins généralistes.
La psychiatrie libérale permet un large accès aux soins pour les patients, tant en ce qui concerne le maillage géographique, que la disponibilité horaire ou que les publics accueillis, y compris les plus précaires. Certains psychiatres libéraux assurent même des visites à domicile.
La psychiatrie libérale, contrairement à ce qui pourrait être imaginé, prend en charge toute la palette de la morbidité psychiatrique, y compris les pathologies psychotiques graves, les troubles bipolaires, les déficiences liées à l'âge ou les troubles graves chez les enfants.

Elle permet également la prise en charge, dans cette dynamique de santé mentale, de la souffrance psychique au sens large du terme, notamment pour des situations qui pourraient être qualifiées de « plus légères », mais qui n'en comportent pas moins un éventuel risque évolutif grave. Ces derniers cas, très clairement, ne pourraient pas ou ne souhaiteraient pas s'adresser au dispositif public du secteur psychiatrique, mais trouvent dans la psychiatrie libérale, l'environnement à même d'éviter une évolution péjorative ou des situations de crises aiguës.

La psychiatrie libérale en Alsace, à l'heure actuelle, est assurée par 166 praticiens effectuant plus de 460000 actes par an, pour plus de 50000 patients.

L'indéniable augmentation de la demande en soins psychiatriques risque de se heurter, en Alsace et notamment dans le sud de la région, à une crise démographique majeure dans les années à venir. Partant de ce constat intuitif, l'Union Régionale des Professionnels de Santé regroupant les Médecins Libéraux a mis en place une Commission Santé Mentale, destinée à réfléchir et proposer des solutions pour répondre à ce défi essentiel de maintenir une offre de soins psychiatriques libérale de qualité, dans un contexte démographique fortement déclinant et dans un contexte de bouleversement progressif des pratiques.

Avant cette phase de réflexion, puis de proposition, il apparaît évidemment indispensable de connaître précisément la situation actuelle de la psychiatrie libérale alsacienne, ainsi que l'évolution prévisible de la démographie psychiatrique dans la région, et cela d'autant plus que notre expérience dans les diverses institutions régionales nous a démontré une méconnaissance majeure du fonctionnement et de l'apport de la psychiatrie libérale en Alsace.

Nous avons donc initié trois enquêtes dans l'optique de caractériser démographiquement le corps des psychiatres libéraux alsaciens, de les interroger sur leur projets de retraite, de leur demander leur avis sur certaines évolutions possibles de la profession, et enfin d'interroger les internes en cours de formation sur leur projets d'installation.
Les données recueillies par ces trois enquêtes sont présentées et analysées dans cette synthèse, nous permettant de proposer un véritable « État des lieux de la psychiatrie libérale en Alsace », en 2012.

 

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ANALYSE DES DONNEES : SEPT IDEES-FORCE

1. Les psychiatres libéraux en Alsace : une population âgée, peu féminisée, d'implantation essentiellement strasbourgeoise.

  • En Alsace, trois psychiatres libéraux sur quatre exercent à Strasbourg.
  • Si le Bas-Rhin compte 1 psychiatre libéral pour 9000 habitants, le Haut-Rhin n'en compte qu'un pour 18000 habitants.
  • Plus du quart des psychiatres libéraux alsaciens ont plus de 60 ans. Plus des deux-tiers sont des hommes.

2. Une activité importante, spécialement dans le Haut-Rhin

Le niveau d'activité des psychiatres libéraux alsaciens apparaît particulièrement élevé : une moyenne de 68 actes pendant 4 jours de travail libéral par semaine, soit 17 actes par jour, pour une file active moyenne de 270 patients, avec de très fortes disparités.

3. Un déficit démographique important prévisible

D'ici 2020, 72 départs à la retraite sont prévisibles (44 % des psychiatres libéraux alsaciens), soit un "taux de remplacement" nécessaire de 9 installations en libéral par an sur les huit prochaines années.

4. Une implication très forte dans le métier, mais des inquiétudes évidentes

Trois quarts des psychiatres libéraux alsaciens sont prêts à poursuivre une activité libérale après la liquidation de leur retraite. Près de la moitié d'entre eux sont motivés dans ce sens par l'intérêt pour leur métier.
Mais plus des deux-tiers des psychiatres libéraux alsaciens s'inquiètent d'une modification de leurs conditions d'exercice et souhaiteraient une meilleure valorisation de leur pratique.

5. Un accueil mitigé pour d'éventuelles évolutions de la pratique

L'idée d'une délégation des tâches psychothérapiques est mal accueillie par la profession.
La proposition d'un regroupement virtuel sous la forme d'un pôle libéral de santé mentale est perçue avec intérêt mais aussi circonspection.

6. Chez les jeunes : mauvaise information et craintes financières

Les internes en psychiatrie sont réticents par rapport à une installation en libéral, par crainte erronée d'une concurrence trop forte et par inquiétude quant aux conditions financières . Ils sont en attente de soutiens, dans le milieu hospitalier, ou par leurs pairs.

7. Une situation très contrastée entre le Sud et le Nord de la région

L'offre de soins psychiatriques libérale à Strasbourg et sans doute dans le Bas-Rhin ne risque pas de connaître des difficultés majeures dans les années à venir.
Par contre, la situation du Haut-Rhin risque de devenir rapidement délicate, par conjonction de plusieurs facteurs négatifs (âge plus élevé des praticiens, niveau d'activité particulièrement intense, moindre attrait pour la retraite active, attirance nulle des internes).

 

 

 

Responsable de la commission

Dr Thierry Ressel

Membres de la commission

  • Dr Marc Willard
  • Dr William Markson

Anne de Blauwe
Direction URML-Alsace

Anne-Cyriaque Guyolot
Assistante